Accueil » Prestation compensatoire : comment est-elle calculée et versée lors d’un divorce ?

Prestation compensatoire : comment est-elle calculée et versée lors d’un divorce ?

par Chloé
130 vues
Une personne remet de l'argent en liquide pour régler une prestation compensatoire.

Une somme destinée à rééquilibrer les conditions de vie après la rupture

Lorsqu’un mariage prend fin, la question de l’argent ne se limite pas au partage des biens. Pendant l’union, les époux se doivent mutuellement secours : celui qui dispose de davantage de ressources contribue aux besoins de l’autre. Le divorce met fin à ce devoir, et l’article 270 du Code civil prévoit qu’un époux peut alors être tenu de verser à l’autre une prestation destinée à compenser, autant qu’il est possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans leurs conditions de vie respectives.

L’idée n’est ni de punir, ni d’égaliser les patrimoines, ni de garantir à vie un train de vie identique : il s’agit d’amortir le déséquilibre économique né de la fin de la vie commune, qui pèse souvent sur celui qui a réduit ou interrompu son activité professionnelle. La loi précise que cette prestation a un caractère forfaitaire et prend la forme d’un capital dont le montant est fixé par le juge, ou par les époux eux-mêmes dans un divorce par consentement mutuel. Elle ne doit pas être confondue avec la pension alimentaire que le juge peut fixer pendant la procédure au titre du devoir de secours, ni avec la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants, qui obéit à sa propre logique.

Elle est par ailleurs propre au mariage : les partenaires de Pacs et les concubins ne peuvent pas la réclamer lors de leur séparation. Enfin, elle n’a rien d’automatique, puisque le juge peut la refuser lorsque l’équité le commande, soit au regard des critères légaux, soit lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui la demande, compte tenu des circonstances particulières de la rupture.

Les critères fixés par la loi pour apprécier la disparité

Le montant de la prestation compensatoire n’est pas laissé à l’arbitraire. L’article 271 du Code civil pose un principe simple : la prestation est fixée selon les besoins de l’époux à qui elle est versée et les ressources de l’autre, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de son évolution dans un avenir prévisible. Le texte énumère ensuite, de manière non exhaustive, les éléments que le juge prend en considération.

Il s’agit de la durée du mariage, de l’âge et de l’état de santé des époux, de leur qualification et de leur situation professionnelles, ainsi que des conséquences des choix professionnels faits par l’un d’eux pendant la vie commune, pour l’éducation des enfants ou pour favoriser la carrière de son conjoint au détriment de la sienne. Le juge examine aussi le patrimoine estimé ou prévisible des époux, en capital comme en revenus, après la liquidation du régime matrimonial, leurs droits existants et prévisibles, et leur situation respective en matière de pensions de retraite, en appréciant autant que possible la diminution des droits à retraite subie par l’époux créancier du fait de ces choix professionnels.

Concrètement, une personne qui a travaillé à temps partiel pendant de longues années pour s’occuper des enfants n’arrive pas au divorce dans la même position qu’un conjoint dont la carrière a progressé sans interruption. Pour rendre cette analyse possible, l’article 272 impose à chaque partie de fournir une déclaration certifiant sur l’honneur l’exactitude de ses ressources, revenus, patrimoine et conditions de vie. Ce document engage celui qui le signe et constitue souvent la base de toute discussion chiffrée entre les époux.

Un avocat montrant un document de divorce et une prestation compensatoire à des clients.
Signature d’un accord juridique incluant une prestation compensatoire.

Aucun barème officiel : ce que valent les méthodes de calcul

Contrairement à une idée répandue, il n’existe aucun barème officiel de la prestation compensatoire. Ni la loi ni un texte réglementaire ne fournissent une formule qui, à partir des revenus et de la durée du mariage, donnerait un montant automatique. Les fiches d’information publiées par l’administration se bornent d’ailleurs à rappeler les critères légaux, sans proposer de formule de calcul. Pour se repérer, les praticiens du droit de la famille utilisent plusieurs méthodes de calcul élaborées au fil du temps.

Certaines partent de l’écart de revenus entre les époux et le pondèrent par la durée du mariage ou par l’âge du créancier ; d’autres comparent les niveaux de vie projetés de chacun sur plusieurs années, en intégrant les revenus du patrimoine et les droits à retraite attendus. Ces outils ont leur utilité : ils donnent un ordre de grandeur, permettent de tester plusieurs hypothèses et facilitent la négociation entre avocats. Mais ils restent indicatifs. Le juge n’est lié par aucun d’eux, et deux méthodes appliquées au même dossier peuvent aboutir à des résultats sensiblement différents.

Ce qui fonde la décision, c’est l’examen concret des éléments énumérés par la loi. C’est aussi pour cette raison qu’il faut se méfier des simulateurs présentés comme infaillibles : ils ignorent souvent la composition réelle du patrimoine, la valeur des biens qui seront attribués lors de la liquidation, l’état de santé des époux ou les perspectives professionnelles de chacun. Un chiffre obtenu en quelques clics peut ouvrir une réflexion, jamais la conclure. La qualité du dossier, c’est-à-dire la précision et la cohérence des justificatifs produits, pèse souvent davantage que la formule retenue.

Divorce amiable ou divorce judiciaire : qui fixe le montant ?

La manière dont la prestation compensatoire est arrêtée dépend du type de divorce. Depuis le 1er janvier 2017, le divorce par consentement mutuel prend en principe la forme d’une convention sous signature privée, contresignée par les avocats des deux époux, chacun étant assisté par le sien, puis déposée au rang des minutes d’un notaire. Dans ce cadre, l’article 278 du Code civil laisse aux époux le soin de fixer eux-mêmes le montant et les modalités de la prestation.

Ils disposent d’une certaine souplesse : ils peuvent prévoir qu’elle prendra fin à la survenance d’un événement déterminé, ou lui donner la forme d’une rente attribuée pour une durée limitée. Le notaire qui reçoit la convention en contrôle la régularité formelle et le respect du délai de réflexion, mais il n’en apprécie pas l’équilibre : ce rôle revient aux avocats de chaque époux, d’où l’importance de ne jamais signer un accord dont on ne mesure pas la portée. Lorsqu’une convention est soumise à l’homologation d’un juge, celui-ci refuse de l’homologuer si elle fixe inéquitablement les droits et obligations des époux.

Dans un divorce judiciaire, c’est le juge aux affaires familiales qui statue, à Chambéry comme dans tout autre tribunal judiciaire, au vu des demandes et des justificatifs produits par chacun. Les époux peuvent néanmoins lui soumettre un accord sur la prestation, qu’il examinera dans les mêmes conditions. Un point de calendrier est essentiel : la prestation doit être demandée pendant la procédure de divorce. Une fois le divorce devenu définitif, ou la convention enregistrée par le notaire, il n’est plus possible de la réclamer.

Préparer son dossier avec l’aide d’un avocat

Que l’accord soit négocié ou que le juge tranche, la prestation compensatoire se prépare bien avant l’audience ou la signature. Il faut rassembler les avis d’imposition, les bulletins de salaire, les relevés de carrière, l’état des placements et les estimations des biens immobiliers, puis documenter les choix professionnels faits pendant le mariage : congé parental, passage à temps partiel, mutation acceptée pour suivre le conjoint, participation non rémunérée à l’activité de l’autre. Il faut aussi anticiper la liquidation du régime matrimonial, car ce que chacun recevra du partage influence directement l’appréciation de la disparité.

Ce travail d’analyse et de chiffrage relève du métier d’avocat en droit de la famille. À Chambéry, Maître Marie Alsoufi, avocate inscrite au barreau de la ville, dont le cabinet est installé quai Charles Roissard, accompagne des particuliers dans leurs procédures de divorce, par consentement mutuel comme contentieuses, ainsi que dans les questions qui les entourent : autorité parentale, résidence des enfants, pensions alimentaires ou séparation des couples non mariés.

Le rôle de l’avocat consiste notamment à évaluer la situation de son client au regard des critères légaux, à préparer la déclaration sur l’honneur, à discuter avec le conseil de l’autre époux d’un montant et d’une forme de versement adaptés, ou à présenter et défendre la demande devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Chambéry. L’avocate chambérienne peut aussi éclairer les conséquences pratiques d’un choix : un capital versé immédiatement n’a pas les mêmes effets qu’un étalement sur plusieurs années, ni pour celui qui paie, ni pour celui qui reçoit. Un regard extérieur et technique permet souvent de dépassionner une discussion qui touche à la fois à l’argent et à l’histoire du couple.

Capital, attribution de biens, versements échelonnés ou rente : les formes de versement

Le principe posé par la loi est celui du capital. L’article 274 du Code civil prévoit qu’il peut être exécuté par le versement d’une somme d’argent, ou par l’attribution de biens en propriété ou d’un droit d’usage, d’habitation ou d’usufruit. L’accord de l’époux débiteur est toutefois exigé pour l’attribution en propriété de biens qu’il a reçus par succession ou donation. Le juge peut en outre, en vertu de l’article 277, imposer au débiteur de constituer un gage, de donner une caution ou de souscrire un contrat garantissant le paiement.

Lorsque le débiteur n’est pas en mesure de verser le capital en une seule fois, l’article 275 permet au juge d’en échelonner le paiement, dans la limite de huit années, sous forme de versements périodiques indexés selon les règles applicables aux pensions alimentaires. Le débiteur peut demander la révision de ces modalités en cas de changement important de sa situation et, à titre exceptionnel, le juge peut alors autoriser, par une décision spéciale et motivée, un versement sur une durée totale supérieure à huit ans. Le débiteur garde par ailleurs la possibilité de se libérer à tout moment du solde du capital indexé.

Ces formes peuvent se combiner : une partie du capital peut être payée immédiatement, notamment via le produit de la vente d’un bien immobilier entre ex-époux, et le reste de façon échelonnée. Ce n’est qu’à titre exceptionnel que la prestation prend la forme d’une rente viagère : selon l’article 276, le juge peut la fixer, par une décision spécialement motivée, lorsque l’âge ou l’état de santé du créancier ne lui permet pas de subvenir à ses besoins. Cette rente est indexée, et son montant peut être minoré, lorsque les circonstances l’imposent, par l’attribution d’une fraction en capital.

Fiscalité : un paramètre à intégrer dès la négociation

La forme retenue n’est pas neutre sur le plan fiscal, et les règles décrites ici sont celles que présente l’administration fiscale en octobre 2026. Lorsque la prestation est versée en capital dans les douze mois du jugement ou de la convention de divorce, l’époux débiteur bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 25 % du montant fixé, retenu dans la limite de 30 500 euros, soit une réduction maximale de 7 625 euros.

Pour un jugement, ce délai court à partir du jour où il est devenu définitif. Si les versements effectués dans ce délai s’étendent sur deux années civiles, la réduction est répartie entre elles au prorata des sommes payées. L’attribution de biens ou de droits ouvre également droit à cet avantage, et depuis la loi de finances pour 2021, une prestation payée pour partie en capital entièrement libéré dans les douze mois et pour partie en rente permet de cumuler la réduction sur la part en capital et la déduction des rentes. Encore faut-il que le montant de la prestation soit expressément fixé par la convention de divorce ou par le jugement.

Pour le bénéficiaire, un capital versé dans ce délai n’est pas soumis à l’impôt sur le revenu. Le régime s’inverse lorsque le capital est versé sur une période supérieure à douze mois, ou lorsque la prestation prend la forme d’une rente : les sommes versées sont alors déductibles du revenu global de celui qui paie et imposables pour celui qui les reçoit, selon le régime des pensions alimentaires. Ce mécanisme explique que le choix entre un paiement rapide et un étalement se discute en tenant compte de la situation fiscale de chacun, et pas seulement de la trésorerie disponible du débiteur.

Révision, impayés, décès : une prestation qui s’inscrit dans la durée

Une fois fixée, la prestation compensatoire n’est pas toujours figée. Le montant d’un capital est en principe définitif : seules ses modalités de paiement peuvent être revues, dans les conditions de l’article 275. La rente, en revanche, peut être révisée, suspendue ou supprimée en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l’une ou l’autre des parties, sans que la révision puisse la porter au-delà du montant initialement fixé.

Le débiteur peut aussi demander à tout moment que tout ou partie de la rente soit remplacée par un capital. Dans un divorce par consentement mutuel, la convention ne peut être modifiée que par une nouvelle convention, sauf si les époux ont prévu qu’une révision par le juge serait possible en cas de changement important. En cas d’impayé, le créancier dispose de plusieurs voies d’exécution confiées à un commissaire de justice, comme la saisie sur compte bancaire ou sur rémunérations, et le non-paiement peut constituer le délit d’abandon de famille, puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Au décès du débiteur, enfin, l’article 280 prévoit que la prestation est prélevée sur la succession, dans la limite de l’actif successoral, le solde d’un capital échelonné devenant immédiatement exigible et une rente étant remplacée par un capital, à moins que les héritiers ne décident ensemble, par acte notarié, de maintenir les modalités de paiement en s’y engageant personnellement. Ces règles rappellent que la prestation compensatoire engage les deux ex-époux sur le long terme. La comprendre avant de la négocier, mesurer ses effets selon la forme choisie et appuyer sa demande sur des éléments précis, c’est se donner les moyens d’un résultat équilibré, accepté par chacun et réellement exécuté.

Vous pouvez également aimer

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus

Politique de confidentialité & cookies